Lisandro Cuxi et Candice, leçons d’amour
Pour la Saint-Valentin, Candice a offert son Premier pétale, un EP, riche d’influences, baigné dans les pleurs et chagrin, qui dévoile néanmoins sa résilience et sa soif de succès. “Si pour lui je ne vaux pas le coup, la musique sera mon rendez-vous. C’est avec elle que j’irai jusqu’au bout.” Plein de vulnérabilité, Candice chante ses peines adoucies par une voix vaporeuse et des productions réminiscentes. Premier pétale se dresse comme un itinéraire dans les songes et l’introspection. De la culpabilisation; “si l’amour me laisse tomber, c’est peut-être de ma faute” - à la réalisation; “à cause d’eux je ne sais plus m’aimer” - le récit sonne autant pour la Candice adolescente que pour son public. “J’écris souvent comme si je racontais une histoire, où j’incarne le personnage. J’essaye de me voir à travers elle. Elle est un moyen pour les autres de se reconnaitre comme un personnage de série. Une manière de parler au plus grand nombre”, raconte Candice pour Shimmya. De la “petite fleur” au coeur qui tremble, sans même de fleurs fanées pour la consoler, la jeune chanteuse livre ainsi des couleurs prometteuses, remplies d’harmonies et mélodies éloquentes.
Un miroir sans tain se dresse alors à l’écoute de Cuxi Boy. L’alter ego, crée par Lisandro Cuxi, grâce auquel il ouvre son cœur plus facilement. “Il est l’homme franc, celui qui n’a pas peur de dire les choses, quitte à blesser, expose le chanteur pour Shimmya. En vérité, je suis très honnête. C’était une liberté que je n’osais pas prendre avant. Aujourd’hui si dans une chanson je dois dire quelque chose qui, aux yeux du monde, n’est pas lisse, je vais le dire.”
Le titre introduisant cet album résume l’idée que veut transmettre un Lisandro plus assumé. “J’avais besoin sur cet album de montrer que je ne suis pas parfait, les artistes ce n’est pas que la lumière, les paillettes, en réalité on a des souffrances.” Sur une voix qui frise le velours, le chanteur fait l’étalage de sa souplesse, une aisance insolente sans jamais surjouer. Malgré ce confort de l’alter ego, Lisandro se met également à nu. Une honnêteté qui ne va pas sans contraintes. “Dire que c’était facile, ce serait te mentir.” Il ajoute, évoquant Ma vrai vie : “C’est ce type d’expérience qui me permettent de me dire qu’en vérité quand on écrit et pense à nous-même, les gens ne le perçoivent pas forcément comme cela, ils peuvent percevoir leur histoire à travers notre écriture même s’il y a des détails qui ne correspondent pas Avec l’émotion et ce que la chanson apporte, ils se sentent hyper concernés. Dans ce titre, je parle du déménagement assez brusque du Portugal à la France, il y en a sûrement qui l’ont vécu du Maroc à la France ou de n’importe quel autre pays.”
Cette histoire personnelle a été une première pour le chanteur. “J’ai l’impression que j’avais besoin de ça. La phase d’écriture de ce morceau a été très spéciale, très bizarre. J’ai jamais vécu quelque chose comme ça en écrivant. Ce morceau m’a enlevé un poids que j’ignorais avoir, des choses en nous inconsciemment on n’y pense pas mais elles existent.” Pour Candice, l’écriture ludique a débuté au collège, de ses carnets dans lesquels elle mêlait dessins et mots en bazar. “Je n’arrivais pas à écrire de chansons, puis est arrivée la première après un chagrin d’amour. Je me suis dit ‘ok’ je vais continuer et on en est là maintenant.” Aujourd’hui, son recul sur ses situations abordées et sa maturité malgré son jeune âge lui permettent une certaine nuance. “Avant c’était toujours maladroit, aujourd’hui toujours un peu, mais c’était juste pour cracher ma tristesse.”
Quatre ans séparent les deux artistes, qui partagent le même début de carrière, propulsée par deux télécrochets. Ce vendredi 14 février, Candice et Lisandro partagent également un moment déterminant à l’échelle de leur carrière. Un premier EP pour la chanteuse, qui se dit pressée. “C’est la première fois où une collection de chansons par moi je ne sais pas comment le public va réagir. C’est une étape en plus où je rentre vraiment dans mon univers.” Pour le chanteur, cet album est son premier “vrai”, qu’il a produit à travers un label qu’il a crée. Sa première partie de carrière, l’artiste en garde des frustrations. En tête, celle de ne pas avoir eu la main sur ses choix artistiques, sa vision globale. “J’ai donné tout ce que j’avais, sans contraintes.” Maître de son navire, il a construit cette suite avec son propre équipage. “Le mot que j’ai en tête, c’est ‘enfin’.” Un enfin qui globalise le fait de s’être finalement trouvé. “Ça fait huit ou neuf ans que je cherchais à faire un album qui me représente et que j’assume pleinement.”
Le conseil de Lisandro Cuxi à Candice: “J’avais tendance, après The Voice, à beaucoup écouter les gens, je n’avais pas assez confiance en moi. Je n’allais pas assez vers mon instinct. Très souvent les gens me bloquaient, donc je me trompais et mon coeur le sentait car il sait quel doit être le chemin. La clé, c’est de toujours s’écouter et se faire confiance, quitte à se tromper.”
Des accords R&B, du violon et des cœurs gospel bercent le morceau “Not a perfect BOY”. Par la suite, le Capverdien met sa “double carrière” en avant. “Je suis africain donc je mets ma culture capverdienne en avant. Mon amour envers la musique a commencé comme ça donc ça me tient à cœur mais évidemment même dans le projet j’ai mis en avant mes racines, que ce soit dans le texte ou ma façon de chanter sur certains morceaux.” Néanmoins, même dans la musique capverdienne qu’il honore, Lisandro Cuxi y glisse toujours “un petit côté R&B, dans les accords ou l’émotion”.
Ce métissage est également la marque de fabrique de sa comparse. “Il y a beaucoup de mélanges”, introduit Candice, en pleine découverte de son style. “Ma vie, c’est le mélange, il y a tellement de cultures différentes dans ma famille.” Sorti d’un programme où elle n’a pas pu aller dans la direction musicale qu’elle souhaitait, la jeune chanteuse souhaite puiser dans la soul et le jazz tout en essayant également d’être “guidée” par son entourage pour “ne pas faire n’importe quoi”.
Photographie et direction créative : Kezia Sakho
Production et écriture : Arthus Vaillant
Stylisme : Kadidja Meite
MUA : Alexia Amzallag